Le premier livre d'Histoires Douces est arrivé — je le découvre

Le cheval et le cerf

Nouvelle histoire
🧸 À partir de 4 ans⏰ 8 minutes

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Lue par Marion :

📖 À lire

Jingle de débutDans un grand pré vallonné, vivait un cheval, avec son troupeau.
Dans la forêt qui longeait ce pré, vivait un grand cerf, avec sa harde.

Chacun connaissait l’existence de l’autre et ils s’observaient parfois de loin, l’air de rien.
Ils avaient beaucoup de points communs : ils vivaient au même endroit, en groupe. Ils étaient herbivores tous les deux. Ils portaient un beau pelage brun et pouvaient se déplacer rapidement sur leurs quatre longues jambes.

Mais ils avaient aussi beaucoup de différences.

Parfois les cervidés sautaient la clôture et venaient manger l’herbe du pré. Le cheval, un peu méfiant, restait à distance avec ses congénères.

Un jour, le cerf vînt tout seul brouter dans la pâture. Curieux, le cheval s’approcha doucement, un peu plus près que d’habitude. Les deux animaux, après s’être observés longuement, se rendirent compte qu’ils pouvaient se comprendre.

« Pourquoi es-tu seul aujourd’hui ? » demanda d’abord le cheval.

« Eh bien, le reste de mon groupe a préféré rester dans une autre prairie. Moi, j’avais envie de manger un peu l’herbe d’ici ! » répondit le cerf.
Puis il enchaina avec une question qui semblait lui trotter dans la tête depuis longtemps :
« Toi je te vois toujours ici, au même endroit, tu n’en as pas marre ? Pourquoi ne vas-tu jamais ailleurs ? »

« Je vais me promener parfois » répondit le cheval, « mon propriétaire vient me chercher, il me nettoie, me met une selle, monte sur mon dos et nous allons marcher ou courir dans les chemins. »

L’air à moitié horrifié, à moitié dégoûté, le cerf enchaina :
« C’est vrai que j’ai déjà vu des humains assis sur des animaux comme toi. C’est effrayant. Mais du coup, tu es attaché et tu ne fais pas ça pour te nourrir ? »

« Non en effet, c’est pour « travailler » comme dit mon humain. Je n’ai pas trop le droit de manger d’ailleurs, ça agace mon humain. Mais parfois j’y arrive un peu tout de même ! » se vanta le cheval.

« Ta vie est très triste, comment peux-tu rester enfermé toujours au même endroit et sortir seulement pour devoir porter quelqu’un en étant privé de manger ? » s’indigna le cerf. « Tu n’as jamais envie de sauter cette clôture et t’en aller pour vivre libre, comme moi ? »

« Oh si, par le passé je sautais et, bien plus haut que cela ! Dans cette ancienne vie je l’aurai fais, mais j’étais enfermé sans arrêt dans un boxe. Je travaillais beaucoup plus, je ne voyais ni herbe, ni forêt. Mais aujourd’hui ici, je suis heureux, cela me va très bien. J’aime bien l’humain. Après nos promenades, il me gratte à mes endroits favoris et me donne un bon seau de nourriture. Quand il fait froid, si l’herbe manque, il m’apporte du foin et quand il pleut trop il me met une couverture. En été lorsqu’il fait chaud, j’ai toujours de l’eau propre et fraiche à disposition. Le pré est grand et je suis avec mes amis. C’est une vie paisible et sans stress, à quoi bon aller ailleurs ? »

Après cette longue tirade, le cerf réfléchit un moment, avant de répliquer :
« C’est vrai que l’on peut voir ça comme des avantages. Mais rien ne peut remplacer la liberté ! Les humains moi, ils me font extrêmement peur. Parfois ils me poursuivent avec des chiens. Jamais je ne leur confierais ma vie ! »

« Mais si personne ne prend soin de toi, comment fais-tu lorsque tu as un problème ? » s’inquiéta le cheval.

« Un problème ? Quel problème ? Je sais me débrouiller seul. Je sais où aller trouver de l’eau au fond des bois lorsque l’été la sécheresse est là. Je me déplace chaque jour pour varier mes repas et selon les saisons, je trouve l’herbe la plus verte. Je suis agile et prudent et je me blesse rarement. Les plus grosses blessures que j’ai pu avoir, ont été infligées par les clôtures que les humains installent un peu partout ! »

« Je comprends » rétorqua le cheval, « nous avons une vie bien différente mais chacune semble avoir ses avantages et ses inconvénients. »

Là-dessus, une voiture arriva doucement et se gara le long du pré. Le cerf s’enfuit d’un bond et disparu dans la forêt. Le cheval quant à lui, prit le trot pour rejoindre avec plaisir son humain.
« Ce cerf ne sait pas ce qu’il rate », pensa-t-il en croquant les carottes qu’on lui avait amené, tout en se faisant brosser longuement le pelage.

De retour dans les bois près des siens, le cerf bu l’eau fraiche de la rivière et se régala d’une belle tige de sa plante préférée. Il s’allongea ensuite dans la mousse tendre et eut un soupir de plaisir.
« Le cheval ne sait pas ce qu’il rate », pensa-t-il en admirant le paysage qui s’étendait devant lui, sans barrière, à perte de vue.

Quelque temps plus tard, le cerf frottait ses bois contre un énorme arbre aux troncs multiples, lorsque soudain il se coinça dedans. Il essaya de bouger la tête dans tous les sens, tira, sauta, mais ses tentatives pour se libérer furent vaines.
Le temps passa, il ne pouvait ni manger, ni boire. Les autres membres de son groupe venaient le voir mais repartaient, impuissants.

De plus en plus fatigué, le cerf se mit à repenser au cheval et à la discussion qu’ils avaient eue ensemble.
La question du cheval résonnait dans sa tête : « Comment fais-tu lorsque tu as un problème ? ».
A bout de force, le cou tordu, le cerf se mit à lancer de longs râles d’appels à l’aide, avant de se laisser tomber contre l’arbre, toujours accroché par les bois.

Dans son pré, le cheval n’avait pas vu le cerf depuis deux jours. Il voyait bien venir la harde, mais le cerf n’était pas là. Un peu inquiet, il était attentif aux allées et venues des cervidés et, le soir venu, il entendit des sortes de plaintes qui semblaient venir du bois. Il resta le long de la clôture, dressé en direction des sons, impuissant.

Lorsque son humain arriva pour venir le nourrir, le cheval ne descendit pas le retrouver comme à son habitude. Surpris, l’humain pensa que son cheval avait un soucis et remonta tout le pré à pieds pour venir le rejoindre.
Son cheval ne semblait pas malade, mais il restait fermement les quatre sabots plantés dans le sol, la tête dressée, les oreilles pointées vers la forêt, les jambes fébriles, les naseaux frémissants. Il semblait entendre et scruter quelque chose d’imperceptible pour les sens d’un homme.

L’humain enjamba la clôture et s’avança dans le bois pour comprendre ce qui pouvait intriguer autant son cheval, si calme d’habitude. Après avoir marché quelques centaines de mètres, il fit sans le vouloir déguerpir des biches qui se cachaient là. Pensant avoir trouvé ce que regardait son cheval, il s’apprêtait à faire demi-tour quand il entendit un autre bruit. Il continua un peu plus profondément dans la forêt et aperçu au loin une grande forme brune, avachie contre un arbre.

C’était un cerf. C’était LE cerf, épuisé de s’être débattu, de n’avoir pu ni boire, ni manger, depuis deux jours. Les yeux mi-clos, il vit la silhouette de l’humain arriver et aurait aimé pouvoir se débattre encore, mais il savait qu’il ne pouvait plus.
« Je suis fichu », pensa-t-il.
L’humain regarda ce qui tenait le cerf prisonnier et repartit. Quelques minutes plus tard, il revint équipé d’une petite scie et libéra non sans difficulté les magnifiques bois de l’animal. Il avait également apporté de l’eau, du foin et des pommes.

Le cerf avait mal partout à force d’être accroché dans une position si inconfortable. Maintenant qu’il était libéré et allongé, il sentait son corps retrouver peu à peu son fonctionnement. Il avait soif, si soif. De l’eau ! Il se montrait d’habitude méfiant vis à vis des seaux mais cette fois-ci, il n’hésita pas et bu de grandes gorgées. Il resta encore allongé de longues minutes, mangeant doucement ce que l’humain avait déposé près de lui. Peu à peu, les forces revinrent, il se remit sur ses jambes et put doucement reprendre son chemin.

Quelques jours plus tard, parfaitement rétabli, le cerf rendit visite au cheval.
« Te revoilà ! C’est toi que j’ai entendu l’autre fois ? J’étais fort inquiet ! » s’écria le cheval en voyant le cerf apparaître derrière lui.
« Oui, je me suis coincé en frottant mes bois pour enlever le velours qui les recouvre lorsqu’ils viennent de repousser et, sans l’intervention de ton humain, je crois que je serai mort sur place. »
« Il me semblait bien t’avoir entendu. Tu vois qu’il est parfois bon de les côtoyer. Ils peuvent s’ils le veulent, nous rendre la vie bien plus facile et confortable ! »
« Il semblerait qu’ils ne soient pas tous à mettre dans le même panier en tous cas », admit le cerf. « Je comprends ton point de vue même si la liberté restera toujours mon premier choix ! »

Le cerf et le cheval continuèrent longtemps à discuter ensemble des avantages et des inconvénients de leurs différents modes de vie, des aventures et mésaventures qu’ils avaient vécues en tant qu’animal sauvage et en tant qu’animal domestique.
Chacun se régalant des histoires de l’autre, ils finirent par conclure qu’il n’y avait pas une seule façon de vivre et d’être heureux, à part peut-être celle de pouvoir partager tout cela avec un ami.

FIN

Petit mot de l'auteure

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